Nouvelle ministre, même politique ?

French president Francois Hollande (R), and French Prime Minister Manuel Valls, escort the new French Labour minister Myriam El Khomri after her designation, at the Elysee palace  on September 02, 2015, in Paris. AFP PHOTO/ ALAIN JOCARD

Ministère du travail : Myriam El Khomri vient d’être nommée ministre du Travail en remplacement de François Rebsamen. Mais la feuille de route que dessine le premier ministre se veut davantage une accélération des politiques en cours qu’un quelconque changement de cap.

Myriam El Khomri remplacera donc François Rebsamen – démissionnaire pour redevenir maire de Dijon – au ministère du Travail. La secrétaire d’État chargée de la politique de la ville a été promue à ce poste décisif le 2 septembre, son portefeuille étant repris par Patrick Kanner, son désormais ex-ministre de tutelle, également chargé de de la Jeunesse et des Sports.

Chômage : première préoccupation des citoyens

Avec plus de 3,5 millions de personnes privées d’emploi pour la seule métropole, et quelque 5,4 millions en comptant les catégories B et C (demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite), le chômage demeure assez logiquement la première préoccupation des citoyens. D’autant qu’avec l’augmentation du chômage de longue durée, les indemnités de l’assurance chômage sont pour beaucoup remplacées par les minima sociaux.

Mais les mêmes politiques causent généralement les mêmes effets. Et l’inconditionnalité des aides publiques aux entreprises aura certes permis de vrais bénéfices au patronat et aux actionnaires, mais pas à l’investissement, ni à l’emploi, ni au pouvoir d’achat… Et donc ni à l’économie ni au social. Pour tenir la promesse présidentielle d’inverser la courbe du chômage d’ici 2017, Myriam El Khomri, qui aura la charge de la « conférence sociale » prévue mi-octobre, aurait donc intérêt à opérer d’urgence un changement de cap.

Droit du travail : la prochaine cible ?

Las. Invité fin août à l’université d’été du Medef, Emmanuel Macron a repris à son compte l’ode d’amour au patronat, pardon, « aux entreprises », chanté un an plus tôt par Manuel Valls, et lui a ajouté un couplet en insistant sur les « preuves d’amour » du gouvernement, déjà données et à venir. C’est que le patron du Medef, saluant le pacte de responsabilité, a tout de même jugé « l’effort » insuffisant.

Il réclame une « simplification » législative, notamment du Code du travail, et demande explicitement une « inversion de la hiérarchie des normes » pour préférer « l’accord d’entreprise ou de branche » à la loi. Fi donc, selon lui, de l’égalité des droits ou de la garantie des clauses les plus favorables (entre la loi, l’accord de branche ou d’entreprise pour les salariés). Il réclame aussi une révision de la fiscalité et une nouvelle réduction des dépenses publiques.

Si, à l’occasion de l’université d’été du PS à La Rochelle, Manuel Valls a balayé la volonté d’Emmanuel Macron de revenir sur les 35 heures, il a cependant défendu, après Pierre Gattaz, une révision « en profondeur [de] la manière même de concevoir notre réglementation » et annoncé une nouvelle réforme du droit du travail. Au nom d’une analyse de l’économie calquée sur les discours du grand patronat, il n’hésite pas à reprendre à son compte le principe de négociations menées d’abord à l’échelle de l’entreprise, au détriment de la primauté de la loi.

François Rebsamen est certes reparti à Dijon. Mais avec une telle feuille de route attribuée à Myriam El Khomri, pas sûr que la moutarde ne nous monte pas très vite au nez.