Conférence de presse – Bosch Rexroth DSI – le 5 avril 2016

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Autour de moi, on me demande souvent : « alors, comment ça va chez Bosch ? »
En 2015, Robert Bosch GmbH  a réalisé une année record en termes de chiffre d’affaires avec 70 Mds d’Euros et des bénéfices avoisinant les 5 Mds d’Euros. 
Le groupe Bosch va donc bien et même très bien, je vous remercie.

En revanche, il n’en n’est pas de même pour la société Bosch Rexroth AG et plus particulièrement pour sa division DC-MA dont Bosch Rexroth DSI fait partie. 

En effet, cette division connait des pertes depuis plusieurs années. Cette situation économique résulte d’une gestion désastreuse et de choix stratégiques à contretemps depuis près de 10 ans.

En effet,lors de la crise de 2008, alors que les organisations syndicales alertaient sur le niveau extrêmement bas des entrées de commandes, la direction refusait de prendre de quelconques mesures pour redresser la situation. Il a fallu attendre 2 ans pour qu’un plan de sauvegarde de l’emploi soit mis en place.

Et alors que les premiers salariés n’étaient pas encore partis physiquement de l’entreprise, nous avons dû embaucher deux fois plus d’intérimaires qu’il n’était parti de collègues.

La raison : une flambée d’activités en Chine en 2011 que tous les indicateurs qualifiaient de feu de paille. Le groupe Bosch Rexroth décidait alors d’investir massivement dans l’empire du milieu conduisant à la mise en place de la surcapacité qu’on nous reproche aujourd’hui. Et c’est maintenant à nous, salariés de Vénissieux d’en faire les frais et de payer l’addition.
Quand le poisson pourrit, c’est par la tête que cela commence.

Alors comment pouvons-nous avoir confiance dans cette tête qui a conduit à un crash organisé ?

Le directoire de Bosch Rexroth demande au site vénissian de réaliser des économies pour un montant de 19 M€ – soit un quart du chiffre d’affaires – et de nous séparer de notre plus grosse partie de l’activité au profit du site de Bursa en Turquie.

Ce plan d’économie se base essentiellement sur une coupe de 12 M€ dans la masse salariale soit environ 185 personnes sur les 360 que compte le site.

De son côté, la direction du groupe, elle, distille des informations minimisant l’impact social des décisions qu’elle prend. On pourrait résumer ainsi son discours au gouvernement français : « Nous connaissons des difficultés financières mais ne vous inquiétez pas, nous prenons tout en charge et cela ne vous coutera rien… ». Sous couvert d’un pseudo dialogue social, la direction impose ses décisions sans tenir compte des remarques des salariés.

Bosch se vante dans tous les médias d’être un groupe social, pour qui le dialogue social est une valeur centrale. Mais quel dialogue souhaite vraiment le groupe et la direction ? Via une pétition, 315 salariés sur 360 ont demandé au groupe de prendre des engagements pour Vénissieux, engagements bien modestes si on les compare au saccage industriel que Rexroth veut commettre. Et quelle a été la réponse du groupe face à cette mobilisation? M. von Hebel a été très clair :

On vous enlève 60% de votre chiffre d’affaires, mais ne comptez pas obtenir de contreparties.!

Les élus de l’intersyndicale de Bosch Rexroth ont rencontré les élus locaux et nationaux afin de leur présenter la face cachée du projet de restructuration :

La maire de Vénissieux, le député de la circonscription, le préfet, le commissaire au redressement productif, le conseiller du cabinet de la ministre du travail, le conseiller du cabinet du ministre de l’économie. Les plus hautes autorités ne pourront pas dire qu’elles ne savent pas ce qui se passe sur le site de Vénissieux.

Nous leur avons décrit les mensonges et trahisons de la direction allemande :
– Le site de Vénissieux sera traité comme les autres sites en Allemagne.
FAUX :la compression de personnel est en moyenne de 20 % outre Rhin
alors qu’elle est de 50 % à Vénissieux.
– En échange de l’externalisation de l’usinage des tiroirs, nous devions
recevoir un banc de test.

Faux: les tiroirs ne sont plus usinés en internemais le banc a été envoyé en Turquie.

– 5  M€ gaspillés dans la création d’un stock de composants sur les sites
des pays « low cost » voués à l’obsolescence.
– Alors que selon l’OCDE la France fait partie des 3 pays européens qui attirent le plus les investisseurs non européens, la direction allemande préfère voir la France comme l’un des plus gros problèmes économiques du continent européen en se référant à une analyse de Feri Trust GmbH.

Les décisions sont prises de loin et lorsqu’on propose à ces fossoyeurs de venir dialoguer avec nous, ils prétendent un agenda surchargé à l’instar de MM Forschner et Hoffmann du board de Bosch Rexroth qui ont décliné notre invitation.

Si on élargit notre champ de vision au site de Vénissieux tout entier, il compte trois entités juridiques distinctes qui ont mis des forces en commun au travers de services partagés, ce qui les rend indissociables.

Aujourd’hui, c’est l’ensemble du site qui est menacé. Ce n’est pas une, mais deux entités qui sont dans le viseur. En plus des difficultés que nous vivons chez Rexroth,  Robert Bosch Diesel a officialisé sa décision de se retirer du site de Vénissieux et a annoncé l’arrêt des éléments en Mars 2017.

Le groupe Bosch a décidé de supprimer le site de Vénissieux, sombre conclusion à laquelle on peut légitimement arriver lorsqu’on met tous les éléments bout à bout. Et cela ne sera pas sans répercussion sur nos fournisseurs et sous-traitants.

Bosch France et Bosch Rexroth sont en train de se débarrasser du site, plan de départ après plan de départ, entité après entité. Malgré tous les discours du groupe et de ses soi-disant valeurs, la boucherie sociale se poursuit, et à Vénissieux comme ailleurs, les coulisses des abattoirs ne sont pas belles à voir.

La France est le premier client européen de Bosch hors Allemagne. Mais alors que les familles françaises investissent dans de l’outillage électroportatif ou de l’électroménager de la marque, l’entreprise elle, en retour, investit des millions d’Euros dans la destruction massive d’emplois en France.

Et pour couronner le tout, nous découvrons sur internet, un document publicitaire, soit disant top secret, montrant que le site de RBFR Vénissieux est à vendre. Les propos en sont élogieux et nous avons même du mal à comprendre que Bosch se sépare d’un tel site où selon les dires de la direction, la main d’œuvre est hautement qualifiée, expérimentée, motivée et extrêmement flexible.

L’histoire étant un éternel recommencement, ce document qui raconte l’histoire du site Bosch Diesel de Vénissieux décrit parfaitement quel sera l’avenir de Bosch Rexroth DSI :
Passage de 500 à 2 grandes références de produits accompagné d’une
automatisation des lignes de fabrication suivie par une baisse significative des volumes produits. Aboutissant à, je cite : « une transition réussie d’une organisation dimensionnée pour 1 000 salariés à environ 160 salariés ».

Entendez par là que le groupe Bosch a déboursé suffisamment de millions
pour détruire 840 emplois en 10 ans sans faire de bruit.
Pourquoi en sommes-nous arrivés à la grève ?

Les salariés et leurs élus n’ont pas l’intention de continuer à servir de
caution à un groupe qui a décidé de leur claquer la porte au nez. Nous ne
voulons plus que le groupe masque sa destruction industrielle en France en laissant croire que les représentants du personnel le soutiennent.   

La réponse à la pétition signée par l’ensemble des salariés rejette toute
possibilité de négocier les limites du cadre et nous ordonne de continuer le massacre sans condition préalable et sans nous apporter une quelconque garantie d’avenir. La direction refuse de nous reconnaître centre de compétence sur les produits que nous développons à Vénissieux depuis plusieurs décennies.

Nous avons bien compris que le seul dialogue qui convienne à Bosch et à Bosch Rexroth, est celui entre une direction sourde et des salariés muets.
Pas de chance pour le groupe, nous ne sommes pas muets, et nous
sommes bien décidés à nous faire entendre !